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  • Mélie Boltz Nasr

Goliarda Sapienza - L'art de la joie


Un livre que j'ai lu beaucoup trop tard à mon goût. Et un destin d'autrice qui raconte beaucoup sur la difficulté des femmes à se faire publier.


C'est qui ?


Sapienza nait en 1924 dans une famille sicilienne nombreuse, pauvre et recomposée dont les deux parents sont socialistes anarchistes. Sa mère était haut placée dans le parti socialiste italien et son père, issu d'un milieu sicilien modeste, était socialiste et avocat. Pour éviter l'endocrinement fasciste des écoles italiennes des années 1920 et 1930, ses parents ne l'ont pas scolarisée, et c'est en autodidacte qu'elle s'est formée. Elle obtient à 16 ans une bourse pour l'Académie nationale d'art dramatique à Rome




Elle devient actrice. Jusqu'à ce que, courant des années 1960, la révélation des crimes du régime stalinien - qui l'ont beaucoup affecté -, ainsi que des problèmes personnels, provoquent des troubles psychiques. A l'époque, elle a subie des thérapies de choc (qui ont affecté sa mémoire) et découvert la psychanalyse.


Sapienza est aussi particulière parce qu'elle a côtoyé des personnes de beaucoup de sphères différentes. Des stars du cinéma, des intellectuel·le·s, mais aussi les femmes emprisonnées en même temps qu'elle (elle a été condamné pour vol).


Les méandres du manuscrit


Sapienza a travaillé sur l'Art de la joie entre 1967 et 1976. Alors qu'elle avait déjà publié d'autres livres, celui-ci était considéré trop politique, trop féministe, trop libéré et trop long. Même ses ami·e·s puissant·e·s, dont l'un des présidents d'Italie, n'ont pas réussi à convaincre une maison d'édition d'accepter le manuscrit.


Son mari décide de le publier en 1998, à compte d'auteur, après la mort de Sapienza. C'est en 2005, lorsque les traductions françaises et allemandes sortent, que l'Art de la joie rencontre un public et devient un best seller international. Pour un livre qui n'a jamais été accepté par les maisons d'édition italiennes, il a fait un sacré chemin, puisqu'il a été traduit en 15 langues et qu'il est devenu une référence.


Pourquoi la lire ?


L'art de la joie raconte l'histoire de Modesta, une sicilienne, née le 1er janvier 1900, qui parvient à se faire une place dans la haute société de l'île en devient l'héritière d'une famille noble. Elle vit très librement. D'ailleurs, c'est l'une des raisons pour lesquelles ce livre a longtemps été considéré impubliable : le personnage de Modesta est un mélange d'intelligence et de soif de vivre, manipulatrice, bisexuelle, bienfaisante, engagée... Elle semblait trop transgressive.


Au fil de l'histoire de Modesta, c'est celle du XXème siècle qui se joue aussi. Les guerres, les changements politiques, l'ascension du fascisme, les bouleversements économiques et sociaux, tout cela se joue en arrière plan. Le livre a quelques longueurs, et il est parfois légèrement décousu, possiblement parce qu'il n'a justement pas eu une dernière phase de travail avec une maison d'édition.


Ce qui m'a le plus touché, c'est que c'était la première fois que je lisais un destin de femme écrit par une femme. J'aurais aimé lire L'art de la joie avant Belle du seigneur, ou Anna Karénine, qui m'ont beaucoup touchés mais qui reflétaient surtout une vision d'homme sur les femmes transgressives. Dans les deux cas, les personnages féminins qui tentent de vivre selon leur bon vouloir se font écraser par leur destin. Pas chez Sapienza. Et ça, ça m'a beaucoup émue.

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